Lettre ouverte à Réjean Tremblay
publié le 5 octobre 2007 à 14h48 par Molaram (Émile Girard)
Réjean Tremblay
Avant de débuter, notez que vous pouvez dès lors consulter la version « podcast » de cet article et ainsi obtenir un complément d'information.
Bonjour M. Tremblay,
En fait non, pas tant bonjour à vous qu'à tous vos confrères de « l'ancienne garde » du hockey qui sont les principaux concernés par cette missive,
Si je vous contacte aujourd'hui, c'est que j'ai la prétention de représenter une jeune génération d'amateurs de sport. Une génération qui se sent de plus en plus mise de côté dans vos grands médias et bien petite à côté de vos gros égos. Mise de côté pour la simple et bonne raison que pour autant que nous sommes, nous ne partageons pas votre aigreur, votre agressivité et votre répulsion pour le sport d'aujourd'hui.
J'ai 24 ans et suis un vrai maniaque de sport en général, plus particulièrement de hockey, de tennis et de boxe. Aujourd'hui j'ai décidé de prendre la parole pour dénoncer cette prise de contrôle gériatrique de l'information sportive. C'est bien jeune pour monter aux créneaux, j'en conviens. Je n'ai pas non plus votre expérience, j'en conviens aussi. Cependant, une chose que je n'ai pas – comme toute la génération 18-34 – et qui vous fait résolument défaut est la nostalgie d'une époque révolue. Ça, je ne l'ai pas. Pas encore du moins…
Je n'ai jamais vu jouer Lafleur dans l'uniforme du Tricolore. Je n'ai jamais pu savourer vos chroniques écrites dans l'avion avec les joueurs du Canadien, vos chums. J'ai bien de très vagues souvenirs de Denis Savard, même si à ce moment il était rendu un peu vieux pour effectuer sa spin-o-rama (que j'ai pu redécouvrir via Youtube). Je n'ai pas connu une dizaine de conquêtes de la Coupe Stanley, et suis même dans les derniers à se souvenir de celle de 1993 alors que je n'avais que 10 ans. Gilles Villeneuve, pour moi, ça été le père de Jacques et non l'inverse.
Évidemment, je peux contextualiser ces évènements. Vous concéder que le plus grand joueur de l'histoire du Canadien n'a pas été Patrick Roy. Que Gilles était en tous points supérieur à son fils. Tout ça, tout ce qui appartient au passé, je suis bien enclin à vous le laisser. Je vous fais confiance. Mais là où j'en ai, c'est lorsque vous essayez de repeindre le présent d'une grosse couche de ce que vous avez connu de mieux. Si on vous laisse le passé, pourriez-vous au moins avoir la décence de nous laisser savourer notre présent?
Est-ce qu'en amateurs de sports, tout comme vous, nous pouvons conserver notre droit de célébrer un but de Saku Koivu et ce, même si l'Organisation – comme vous la nommez si bien – a passé à côté de quelques indigènes au dernier repêchage?
A-t-on le droit de croire que le Canadien gagnera sa place en séries même si l'équipe vous a déclaré persona non grata au sein de ses vols nolisés?
Pouvons-nous être blâmés parce que nous laissons « votre » sport devenir un empire médiatique et une manne qui s'en retourne au Colorado dans les poches d'Oncle Georges? Ne serait-ce pas plutôt à votre génération que revient l'odieux d'avoir laissé le contrôle de l'équipe à des intérêts étrangers?
À vous lire dans La Presse, le présent n'existe qu'en tant que pâle copie d'un passé plus reluisant. Suivant votre logique : pour une chose qui existe aujourd'hui, le passé en compte au moins une meilleure et c'est tout ce qui compte. Pourtant, les règles ont changé, les mœurs aussi et tout ceci est devenu notre réalité. À force de tout voir en noir, à ne pas renouveler vos paradigmes d'analyse, vous vous déconnectez d'une génération que vous prenez pour des cons.
Oui, les cons ce sont nous qui avons fait le pied de grue afin de payer trop cher pour un billet du Canadien pendant des heures le mois dernier… tout ça pour un spectacle que vous qualifiez de pitoyable. Les cons, ce sont nous qui n'avons pas envie d'embarquer dans votre hystérie à propos de tous les non-évènements qui ont fait les manchettes pendant l'été. Les cons, ce sont nous qui dormons bien la nuit même si Trevor Timmins a levé le nez sur Angelo Esposito.
Vous avez un droit légitime de parler au nom de votre génération. Continuez de harceler les Daniel Brière de ce monde qui n'ont plus la fibre patriotique que vous attendez si ça vous amuse. Vous pourrez le faire tant que vous voudrez, et critiquer la grosse piastre qui a dénaturé la ligue de garage que vous aimiez tant, mais n'en demeure pas moins que votre négativisme est de plus en plus lourd et pénible à supporter.
L'expérience doit amener beaucoup plus que le simple droit de critiquer. Elle devrait induire une meilleure aptitude à informer et instruire. Or quelle instruction obtient-on lorsque vous déclarez que : « De plus, l'Organisation sait qu'elle peut compter sur l'amour et la partisannerie de ses clients. Le vrai partisan ne lira pas le texte de l'entrevue accordée par Alexei Kovalev à la journaliste de la radio moscovite […] Le vrai partisan veut tellement que ses idoles soient parfaites qu'il va croire le plus épais des mensonges sans même s'attarder au texte discuté » ?
Ah oui, c'est vrai, j'oubliais, on est des cons…
Avant de terminer j'aimerais profiter de l'occasion pour saluer vos collègues Mathias Brunet, Jean-François Bégin et Dany Dubé, entre autres, qui sont parmi les trop rares chroniqueurs à nous informer sur le présent. La nostalgie, c'est une chose. Mais lorsqu'elle devient la ligne éditoriale c'en est une autre.
À bon entendeur, salut.
EG
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