Frères Kostitsyn : le pouvoir médiatique
publié le 20 février 2009 à 11h36
par RaMz (Maxime Morin)
Andrei Kostitsyn - FlickR
Il est jeudi, sur l'heure du souper, et les principaux médias québécois ont de bonnes raisons de croire qu'un article assez important, parlant du Canadien, sera publié le lendemain matin dans La Presse : la machine à rumeurs est enclenchée. Cet article pourrait même reléguer le cas d'Alex Kovalev au second plan. On ne rigole plus!
Note aux lecteurs : il est préférable de lire cet article, avant de poursuivre la lecture, afin de mieux comprendre la situation.
Ça y est, tout le monde se met en marche : coups de téléphones ici, échanges de courriels par là, tout le monde veut être au courant, le plus vite possible, de ce qui va être annoncé.
En soirée, quelques médias savent vers quel angle se dirige l'article. Avec les murmures ici et là, il est normal que, quelqu'un, quelque part, sache une certaine partie de l'histoire, sans en connaître l'intégralité.
Cependant, on ne peut juger de l'impact d'un article tant qu'on n'en connaît pas le réel contenu, à savoir jusqu'à quel niveau il sera exploité sur l'échelle du sensationnalisme, celle prônée par la « population moyenne ».
Évidemment, la charpente de l'article repose sur de solides bases, mais tout ce qui se construit autour peut être réalité ou fiction, et c'est à ce moment que les médias finissent par déraper.
Le tout a commencé par une déclaration de Réjean Tremblay, sur les ondes de CKAC, à l'effet qu'une « bombe » allait exploser vendredi dans l'entourage du Canadien.
L'information vient aux oreilles de tous et c'est à ce moment que les coups de fil se sont faits à travers le monde médiatique sportif. Tout le monde y va de son grain de sel en fin de soirée :
Au Réseau des sports, Michel Bergeron et Jacques Demers, émus, livrent leur témoignage à l'Antichambre, sans toutefois faire mention du possible contenu de l'article.
À TQS, Richard Labbé, journaliste à La Presse, révèle sur le plateau de 110%, que la nouvelle aura un impact assez important.
À Radio-Canada, Michel Villeneuve, animateur de La Zone, joue de prudence en affirmant seulement qu'il pourrait y avoir du développement durant la nuit.
Au Journal de Montréal, un article paru sur le site de Canoë annonce déjà que Sergei Kostitsyn aurait été impliqué dans une histoire avec des gens provenant de gang de rue. Cet article est apparu moins d'une heure avant la publication de La Presse.
Finalement, chez RueFrontenac.com, un article a été publié seulement après avoir pris connaissance de ce que La Presse annonçait.
La soirée mouvementée 19 février 2009
Vers 23h30, les médias montréalais envoient l'un de leurs journalistes à l'aéroport Montréal-Trudeau pour accueillir les joueurs, sans savoir ce qui les attend. Les rumeurs vont bon train : arrestation de joueurs sur place et conférence de presse surprise seraient notamment au rendez-vous.
Moins d'une heure plus tard, l'avion est arrivé de Pittsburgh, les joueurs sont déjà en direction de Brossard à bord de leur autobus et aucun incident, mentionné ci-haut, n'est survenu. Tempête dans un verre d'eau à l'horizon…
C'est également vers ces heures que les premières éditions de La Presse arrivent chez les autres médias : qu'est-ce qui a été réellement publié?
CKAC entame le bal avec la lecture des articles parus dans La Presse. On apprend finalement que les deux frères Kostitsyn auraient des liens avec un supposé membre du crime organisé. Tout ça est bien beau, mais pourquoi en faire tout un plat si on ne parle pas d'accusation ou de choses encore plus pointues du domaine judiciaire?
Pourtant, bon nombre de personnes sont restées éveillées assez tard pour voir de ce qui en était, au bout du compte. Les réactions du public sont aussi vives qu'à des funérailles.
Pétard mouillé, tempête dans un verre d'eau, l'effet boule de neige, toutes ces expressions sont là pour qualifier ce hype qui a affecté le monde médiatique sportif québécois en ce 19 février 2009, et ce, pour une bonne partie de la soirée.
En savoir plus…
Réjean Tremblay et Richard Labbé ont une certaine réputation et leurs aveux, faits en lien avec le prochain article qui allait faire fureur, semblaient très sincères. À noter qu'aucun de ces deux hommes a son nom de signé au bas de l'article.
Présentement, plusieurs informations circulent à propos de certains faits beaucoup plus graves que ceux mentionnés vendredi dans La Presse. Attention, on ne parle pas seulement d'une simple amitié avec un homme impliqué dans le crime organisé.
Or, serait-il possible que La Presse ait décidé de se réviser, à la dernière minute, et de ne pas publier tout ce qu'elle savait dans ce dossier. Et si le Canadien était au courant, aurait-il fait pression pour que toute cette histoire ne sorte pas sur la place publique?
C'est comme si La Presse avait publié un roman mais en oubliant certaines péripéties qui auraient changé le dénouement assurément.
Le Canadien doit maintenant composer avec ses déboires et ce nouveau scandale, comme si l'équipe avait besoin de cette attention médiatique négative en ce moment. La meilleure choses à faire est d'étouffer cette histoire et de n'émettre aucun commentaire.
Ce qui est vrai, c'est qu'il y a quelqu'un qui sait la vérité à quelque part sur toute cette histoire, mais qui, comme la plupart des journalistes, n'en fait pas mention. Les journalistes sont des êtres qui ont des liaisons privilégiées avec les sportifs.
« En principe, on n'empêchera guère un chroniqueur sportif d'aborder de telles questions (problèmes), mais ce n'est pas ce qu'on attend de lui en priorité […]. Il est là avant tout pour observer la scène. Et ses contacts privilégiés dans le « merveilleux monde du sport » ne l'incitent pas, non plus, à accorder trop de visibilité à ces zones d'ombre que tout le milieu tend à minimiser. »
* Passage tiré du livre « Le métier de journaliste » de Pierre Sormany
En bref, La Presse aura su attirer l'attention par la publication de ce scandale qui, au bout du compte, n'est pas si incroyable que ça : on n'a pas réinventé la roue, mais ça demeure une tache bien noire sur le dossier du centenaire.
Cependant, tout le monde s'attendait à quelque chose de bien pire, de bien plus scandalisant, alors que, finalement, le ballon commençait déjà, tranquillement mais sûrement, à se dégonfler.
À moins de nouveaux développements dans ce dossier, dans les prochains jours, il est encore trop tôt pour traiter cette histoire de « scandale de l'année ». Les faits mentionnés dans l'article sont véridiques mais auront-ils autant d'impact que souhaité? Pensons, par exemple, au scandale entourant Ryan O'Byrne à Tampa Bay l'an dernier. On l'a vite oublié!
Par ailleurs, d'autres joueurs auraient pu se retrouver dans l'embarras mais leur nom n'a pas été mentionné. Espérons que cette publication saura leur donner un coup de pied au derrière pour le reste de la saison.
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MISE À JOUR (12h24) : Pour illustrer en quelque sorte cette dérape médiatique, nous vous proposons en image (juste un peu plus bas) une copie d'écran d'un article paru sur le site du journal 24h Montréal et qui a été retirée plus tôt ce matin.
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